Activités Extractives Langue De Barbarie : Tensions dans le pré-positionnement

  • Source: : EnquetePlus | Le 20 avril, 2017 à 23:04:09 | Lu 2751 fois | 4 Commentaires
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Activités Extractives Langue De Barbarie : Tensions dans le pré-positionnement

Le gaz à Saint-Louis, ce n’est pas du vent. De toutes les activités impactées par l’exploration de cette ressource, c’est la pêche dans la Langue de Barbarie qui subit les premières conséquences. Une communication inefficiente aidant, les positions se figent.

En 1966, dans la zone de Diamniadio, 6 000 tonnes de pétrole brut avaient été extraites et confiées à la Société africaine de raffinage (Sar). Un bateau suédois, le Gromard 4, avait procédé à des essais sismiques aux larges de Dakar pendant neuf mois, explique le président de l’Assemblée nationale Moustapha Niasse dans les colonnes du journal l’Observateur. Cinquante ans plus tard, le pays sort de sa léthargie énergétique. ‘‘Le projet Ahmeyim-Gueumbeul de production de gaz offshore au Sénégal et en Mauritanie’’, tel qu’officiellement libellé, réjouit et inquiète dans la Langue de Barbarie, à Saint-Louis.

A 125 km de la zone offshore où se trouvent les gisements, les positions sont mitigées pour la première communauté qui sera impactée par la découverte de cette ressource. Les pêcheurs ont évoqué des craintes sur la pollution chimique que pourraient engendrer l’exploitation du gaz au large en cas d’avaries ou d’accidents pouvant polluer un plan d’eau qui n’a pas de limites puisqu’il s’étend sur toute l’Atlantique. ‘‘Cela peut tuer les animaux marins ou leur faire ingérer des substances nocives pour la consommation humaine’’, dénonce Ablaye Ndiaye de la fédération des pêcheurs de Saint-Louis. Une crainte d’autant plus fondée que le major anglais British Petroleum (Bp), auteur de la marée noire dans le Golfe du Mexique en 2010, a intégré le capital de Kosmos Energy, la société exploratrice, en fin 2016. Le chef du service régional de pêche de Saint-Louis, Famara Nyassi, dessine les futurs contours de ce que devrait être la nouvelle donne.  ‘‘Il y aura restriction des zones de pêche.

Les pêcheurs se verront exclus de leur traditionnelle zone. Ils sont 90 000, rien que ceux qui en vont en mer et tirent les poissons. Je ne parle pas de toutes les activités connexes comme le mareyage, la manutention, les transformatrices’’, explique-t-il. Pour la phase exploration du gaz, il y a les centres-puits et dans chacun de ceux-ci, quatre à cinq forages dans la zone offshore. Une vingtaine de forages vont tirer le produit à quelque 2600 m de profondeur transporté par des pipelines jusqu’à 8 km des côtes sous forme liquide et transformé en gaz dans des installations.

‘‘La production devrait démarrer en 2020 et les techniciens de Kosmos ont confirmé que pour 30 ans, le Sénégal aura assez de gaz à consommer et à exporter’’, fait savoir l’adjoint au gouverneur de Saint-Louis, Sahite Fall. Les opérations devraient se passer en six phases : entrée sur un nouveau marché, exploration du bloc avec études sites et campagnes sismiques, forage d’exploration, forage d’appréciation, développement ; et la production prévue dans quatre ans. ‘‘L’Etude d’impact environnemental et social (EIES) ira beaucoup plus en profondeur et à terme, on devrait avoir un document sur le projet qui va nous dire de manière définitive les quantités, les emplois, la durée, les impacts sur l’environnement et la vie des populations’’, avance l’enquêteur Mangoné Diagne. 

Syndicats contre Comité local

Mais dans ce quartier de pêcheurs où les maisons vieillottes croulent sous l’effet combiné de l’âge et de l’érosion marine, c’est la méfiance teintée de défiance. Sur le rivage venteux de l’Océan atlantique où certaines pirogues sont à quai, une partie des pêcheurs de Guet-Ndar refuse obstinément toute récupération. Le vice-président de la fédération des pêcheurs de Saint-Louis, Omar Dièye, qui revendique 500 membres, soutient que sa structure n’a pas été associée aux débats de fond pour l’enquête du ministère de l’Environnement. ‘‘C’est vrai qu’il y a des associations de pêcheurs et que nous avons été consultés, mais les problèmes n’ont pas été abordés en profondeur, en tout cas pas comme nous le souhaitions. La pêche va péricliter et nous ne pouvons que nous y résigner. Guet Ndar ne sera pas un problème pour l’intérêt général du pays. Mais elle demande tout naturellement un traitement préférentiel’’, défend-il. ‘‘Nous n’avons besoin d’aucun intellectuel qui vienne nous dicter la conduite à tenir.

Nous veillerons par nous-mêmes à bénéficier des retombées de cette ressource’’, proclame Ablaye Ndiaye, membre de l’association. La communauté des pêcheurs appartenant à plusieurs factions syndicales a vu le don de Kosmos Energy exacerber les tensions. En février 2016, dans le cadre des investissements sociaux en équipements de sécurité maritime, la compagnie a donné 21 303 000 F CFA au Comité local de pêche artisanale (CLPA) en nature dont 50 appareils Gps d’une valeur de 4 165 000 F CFA et 420 gilets de sauvetage de 12 130 000 F, 200 lampes solaires étanches à 5 millions.

Des accusations de népotisme portées par les syndicats de pêcheurs qui parlent d’une revente au marché noir. ‘‘Les syndicats de pêcheurs se sentent lésés dans la mesure où ce ne sont pas eux qui sont directement impliqués dans la cogestion, mais le CLPA. Là où ils font la guerre, nous usons de diplomatie. Il faut être dans le système et changer les choses de l’intérieur. Ça ne sert à rien de vouloir le combattre de l’extérieur’’, déclare Hady Diallo, coordonnateur du Comité local de pêche artisanale, récipiendaire du don, qui soutient par ailleurs que la compagnie a toujours été en constante communication avec les pêcheurs. Même son de cloche chez l’adjoint du gouverneur. ‘‘Nous n’avons rien à cacher dans ce projet. Tout est rendu public, déclare l’adjoint au gouverneur’’ Sahite Fall.

Passe donc cette incohérence qui veut que Kosmos ait mis à disposition les moyens pour une enquête publique du ministère de l’Environnement. Ce désir de transparence contraste pourtant d’avec la posture de l’enquêteur Mangoné Diagne,  qui se refuse à tout commentaire de résultats qu’il réserve au commanditaire, le ministère de l’Environnement. En dépit de cette volonté de publicisation, même la restitution de la consultation publique tenue le vendredi 13 janvier 2017 demeure toujours indisponible. L’omerta demeure quand il s’agit d’aborder le fond du dossier. L’enquêteur brosse les principales appréhensions des populations à savoir les limites de la frontière, l’impact sur la pêche, la réduction et les privations sur cette activité, les risques de pollution sur l’environnement et les individus, et les retombées financières.

Mais il s’interdit de dévoiler la teneur du rapport déjà envoyé au ministère. ‘‘La primeur de l’information, nous ne l’avons pas mais l’autorité, le ministère de l’Environnement qui a commandité l’étude’’, avance-t-il. Ce dernier doit procéder à une évaluation approfondie pour ces installations de classe 1 que requièrent exploration et l’exploitation avant la délivrance d’une attestation de conformité environnementale à la compagnie. Une option pour ne pas brouiller une communication dans un secteur où les débats font rage. Malgré quelques réserves, l’enquêteur a ‘‘émis un avis favorable’’, souffle-t-il. La communication, très parcimonieuse du reste de la compagnie, fait savoir que ‘‘Kosmos n’est pas là en électron libre’’, déclare le responsable de la communication de la boîte, Ousseynou Diakhaté.

Les pêcheurs ne semblent finalement parler d’une seule voix qu’en ce qui concerne la prochaine nouvelle configuration professionnelle induite par la découverte du gaz. Ils veulent que Kosmos Energy les incorpore dans son schéma de travail. ‘‘Nous voulons être embauchés sur la plate-forme. Il y a des pêcheurs qui peuvent bien aller travailler là-bas. Nous n’irons pas tous, mais il y a des compétences à notre niveau’’, avance Hady Diallo. Mais le pourvoi en emplois risque d’être critique pour des compétences pointues que requièrent l’exploration et l’exploitation du gaz. Dans la plate-forme d’exploration ‘‘Atwood Achiever’’, l’essentiel du personnel en 2015 était américain puisque sur les 256, ils sont 187 (73%), contre 5% de Sénégalais. Les résidents locaux ne désespèrent pas pour autant. ‘‘Nous pourrons éventuellement trouver une occupation en relation avec notre condition de piroguiers’’, avance Ablaye Ndiaye.

Sénégal vs Mauritanie

Le gisement de gaz est situé à cheval entre le Sénégal et la Mauritanie d’où la dénomination officielle ‘‘projet Ahmeyim-Gueumbeul de production de gaz offshore au Sénégal et en Mauritanie’’. Ahmeyim et Guembeul étant les deux localités des deux pays les plus proches du gisement. Les relations entre les deux Etats ne sont pas connues pour être étroites traditionnellement. Simple coïncidence ? La Mauritanie a durci sa ligne sa conduite envers son voisin depuis la découverte de ce gisement.  Les deux pays n’ont plus de protocole de pêche en vigueur (renouvelable chaque année), malgré une convention existante, à cause des exigences de Nouakchott. La Mauritanie a posé deux exigences sur la table : l’adoption de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) qui place le Sénégal au même rang que les pays étrangers.

La tonne qu’elle cédait au Sénégal à 15 euros, revient désormais à 123 euros. Le deuxième point a été l’obligation de tout débarquer en Mauritanie, à Nouakchott notamment. Il n’y aura plus de possibilité de débarquer les captures à Saint-Louis puisque la partie mauritanienne veut tenir des statistiques exhaustives de son activité de pêche. Mais l’adjoint au gouverneur minimise, malgré la force parfois létale de la flotte mauritanienne, pour défendre ses eaux territoriales. ‘‘La dynamique qu’on a observée jusque-là nous rassure. Les deux pays travaillent en parfaite intelligence pour tirer profit de ce projet sans léser l’une ou l’autre des parties’’, croit savoir Sahite Fall. Au sein de la compagnie Kosmos elle-même, le responsable de la communication Ousseynou Diakhaté assure que ‘‘les revenus de l’exploitation seront partagés à 50-50 entre les deux pays’’. Tout n’est pas réglé pour autant pour les pêcheurs de la Langue de Barbarie. En attendant la publication des résultats de l’EIES, c’est une autre coïncidence tout aussi critique pour déplacer  la pêche qui se profile. La mairie veut déménager les activités à cause du dragage du fleuve jusqu’à Matam avec le soutien de l’OMVS. Un nettoyage qu’un vieux contentieux (les pêcheurs dénoncent l’ensablement du bras du fleuve avec la construction des barrages de Diama et Manantali en 1983), empêche de se concrétiser. 

(NDLR : Ce papier a été réalisé dans le cadre d’un voyage d’études avec les étudiants du Cesti).


Auteur: Ousmane Laye DIOP - EnquetePlus






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Commentaire (4)


Anonyme En Avril, 2017 (06:11 AM) 0 FansN°: 1
Des étudiants du copier coller. Vraie rédaction soupe kandia. Il faut que ces étudiants reprennent le stylo pour apprendre à écrire. Sinon ils ne pourront jamais rédiger.
Anonyme En Avril, 2017 (07:20 AM) 0 FansN°: 2
Article indigeste.
Anonyme En Avril, 2017 (08:13 AM) 0 FansN°: 3
Vu ce à quoi nous sommes habitués sur Seneweb, c'est plutôt un bon article: riche d'informations sur le fond (j'ai appris personnellement pas mal de choses) et correct sur la forme. Ce ne serait pas de refus si les articles sur Seneweb étaient dans cette veine
Anonyme En Avril, 2017 (11:50 AM) 0 FansN°: 4
Vraiment la honte des pêcheurs de plusieurs générations incapables de maitriser l avenir de leur métier.Allez vous former à l aquaculture avec le pétrole et le gaz finie la pêche dans cette zone.Ils n ont rien compris ndeysane.L avenir c est l aquaculture.Pauvres Guet Ndariens

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